Au cœur de la manif des gilets jaunes à Paris

17:47 par N.M.

Tôt dans la matinée

"C'est le temps de la colère. Ça va prendre du temps pour s'apaiser": Lollie et Eric sont montés à Paris de leur village près de Carcassonne. Huit heures de voitures et une nuit passé sur le canapé d'un neveu. Avant 8 heures, ils étaient Porte Maillot où ils ont rejoint les leader identifiés du mouvement, ceux qui ont des pages Facebook et qui sont intervenus plusieurs fois dans les médias.

A 45 et 59 ans, ils sont très motivés. "On est revenus parce qu'on y croit. On croit qu'il va se passer quelque chose". Ils font partie des gilets jaunes qui tentent de structurer le mouvement. "Ça va prendre du temps. Tout ne va pas se faire en quinze jours".

Dès le début de matinée, ils ont vu les casseurs arriver. Plusieurs centaines à quelques stations de métro, sur le rond point des Champs-Elysées.

"Ce sont des radicaux qui foutent la merde. On a rien à voir avec eux. Il ne faut pas faire l'amalgame", dit Eric.

Partout, le même discours.

Antonio, président de club de football en Rhône-Alpes : "Les associations sportives crèvent parce que l’Etat ponctionne les communes, nous met des normes pas possibles."

Photo P. J. Photo Geoffroy VAN DER HASSELT/AFP Photo Geoffroy VAN DER HASSELT/AFP Photo Geoffroy VAN DER HASSELT/AFPAvenue de Friedland

Avenue de Friedland, Nathalie 50 ans, marche pour approcher l'Arc de Triomphe sur lequel une main a été taguée sur ses murs augustes : "Les gilets jaunes triompheront". 

Sous la pluie, elle met une cape rose sur son gilet. Elle habite dans les Yvelines, pas très loin de Paris. Ce n’est pas très seyant mais elle préfère en sourire.

"C'est important d''être là", dit-elle, "pas pour moi mais pour les autres". Elle a galéré dans sa vie, a élevé ses enfants seule mais désormais elle a une vie plutôt facile, avec des revenus supérieurs à 3 000 euros nets par mois.

"J'ai mes grands enfants qui peinent à payer leurs loyers. La vie est chère. Ça ne peut pas durer".

Elle regarde en l'air sur les toits et dit à ceux qui qui l'entourent de se méfier: "Ils ont jeté des trucs d'en haut. Faut faire gaffe".

Gaz lacrymo et courses à pied

Soudain, une explosion se fait entendre. Les manifestants se mettent à courir en se couvrant la bouche. Nathalie aussi. Elle avait prévu.

C’est le cas de presque tous les manifestants: ils avaient prévu les lunettes de ski ou de piscine et les masques de chirurgie ou de poussière.

C'est le cas de Valérie, venue avec des amis en covoiturage de Sens, dans l'Yonne. Elle n'était pas sur les Champs-Elysées la semaine dernière mais a prévu. Au chômage depuis le mois de mars, elle est venue pour faire masse. "Plus on sera nombreux, plus on sera entendu".

Un peu plus loin, Hélène et son frère Laurent avancent. "On suit le mouvement", disent-ils.

Ernestine du Loiret : "Macron fait ce qu’Alphonse Allais disait dans son sketch : il fait payer les pauvres parce qu’ils sont plus nombreux".

Photo P. J. "On gagne bien notre vie mais on est solidaire"

Ils portent un gilet jaune mais n'ont pas de problème de fin de mois. Lui gagne 4 000 euros et elle a un salaire fluctuant car elle est commerciale. "Je gagne bien ma vie mais on ne sait jamais, ça peut ne pas durer". Elle est propriétaire mais est en colère. Elle a un drapeau français à la main. "Faut être solidaire. On n'est pas précaire mais si ça continue on va le devenir".

En colère, elle critique le gouvernement et de manière plus large tous les politiques. "Mon drapeau tricolore, j'ai envie de le brûler. La France n'est plus la France".

Sur les Champs-Elysées

Incroyable: sur les Champs-Elysées, les camions de CRS sont plus nombreux que les manifestants. Rares sont ceux qui foulent les pavés de la plus belle avenue du monde.

La plupart des gilets jaunes rencontrés n'ont pas voulu y aller car il fallait être fouillés. "On n'est pas des délinquants. C'est hors de question", a-t-on entendu plusieurs fois.

On y croise toutefois Sarah, 64 ans, de Lyon. Elle est venue en voiture avec sa fille qui souffre de trisomie.

"Je suis propriétaire mais je n'y arrive pas car j'ai une toute petite retraite. Je ne peux pas payer la taxe foncière. Je loue ma chambre au noir pour m'en sortir. Et même avec ça, je n'y arrive pas".

Un peu plus loin, un retraité, un peu plus âgé, est au milieu de l'avenue. "Moi aussi je travaille au noir. Car avec ma retraite, je n'y arrive pas".

Avenue Marceau

En fin de matinée avenue Marceau, une scène qui se reproduit sur toutes les avenues qui partent de l'Etoile: des casseurs haranguent les forces de l'ordre, qui répliquent en envoyant des gaz lacrymogènes.

Témoin de cette violence, François, la petite cinquantaine, est avec sa fille Justine, qui entre tout juste dans la vie active.

"Moi je suis jardinier dans une collectivité. Je suis fonctionnaire. Je ne me plains pas. mais je viens pour elle. On ne casse pas. Faut pas nous confondre avec les casseurs".

Laura de l’Oise : "On est en force, on ne va rien lâcher. Macron n’est ni de droite ni de gauche ni avec le peuple."

Photo P. J.

Rue de la Boétie

Un peu plus loin, rue de la Boétie, un groupe de gilets jaunes balance des canettes de bière sur les CRS. Une fois, deux fois, trois fois.

Les CRS envoient les gaz lacrymogènes et les manifestants courent. Un gilet jaune distribue des masques à ceux qui n’en ont pas.

Au bout de la rue, Jonathan a un gilet orange et se fait moquer de lui pour ça. "Ça reste un gilet quand même !".

A 37 ans, il est fonctionnaire hospitalier et propriétaire de son studio. "Il n'y a pas de mot pour dire à quel point on est taxé. On se lève le matin pour le gouvernement. On en a marre. Faut que ça s'arrête".

Plus loin, Eric l'ambulancier pense la même chose: "Le diesel, les cotisations sociales, la mutuelle, la concurrence sauvage. Vingt ans que je bosse dans l’ambulance et on ne gagne pas un rond de plus chaque année alors que tout augmente".

Boulevard Haussmann

En début d'après-midi, les manifestants fuient les gaz lacrymogène et foncent vers les grands magasins pour rejoindre le quartier de l'Opéra.

L'ambiance, déjà tendue, monte d'un cran. C’est le moment des premières voitures brûlée, d'un début d'incendie dans une agence bancaire.

Rue de Rivoli

La nuit tombe sur Paris en cette fin d'après-midi. Les gilets jaunes descendent l'avenue de l'Opéra et arrivent vers la Rue de Rivoli. Au bout, la place de la Concorde, totalement barrée par des cars de CRS. Les manifestants arrivent dans un cul de sac et se dispersent dans le jardin des Tuileries.

Des casseurs en profitent pour brûler des voitures, vandaliser des magasins. Les images diffusées en direct sont terribles...

Photo Lucas BARIOULET/AFP Photo Geoffroy VAN DER HASSELT/AFP Photo Lucas BARIOULET/AFP

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