L’affaire Benalla embrase l’Assemblée

Le président de la République travaille. À Paris, ou à la résidence de La Lanterne, à Versailles. Et il n’est « pas nécessaire » qu’il s’exprime « dans l’immédiat » sur les actes d’Alexandre Benalla, a fait savoir hier son entourage.

Le président se tait, et l’Assemblée s’engueule, durement. Hier après-midi, ils étaient plus de cinquante députés en séance, dont des ténors, en plein mois de juillet - du jamais vu… Ils étaient censés boucler le débat sur la révision constitutionnelle, examiner la bagatelle de 1 470 amendements avant un vote prévu mardi. Impossible : « l’affaire Benalla » emporte tout sur son passage.

« C’est une affaire d’État »

« C’est une affaire d’État », lance Eric Ciotti (LR). Les députés des oppositions de droite et de gauche se succèdent pour dénoncer les actes de l’ancien « chargé de mission » et le silence de l’Élysée. Pas question de parler de la Constitution dans ces conditions.

« Vous voulez bordéliser le travail parlementaire », avait tonné dans la nuit de vendredi le président du groupe LaREM Richard Ferrand. Hier, la ministre de la Justice Nicole Belloubet dénonçait ceux qui « veulent prendre en otage le texte constitutionnel. »

« L’affaire Macron » ?

Dans la salle des Quatre Colonnes, Marine Le Pen (Rassemblement national) et le ministre Christophe Castaner s’écharpent sous l’œil des journalistes. Dans l’hémicycle, l’affrontement verbal dure près de quatre heures, le temps de trente-six « rappels au règlement », comme autant de coups échangés entre les députés de la majorité et leurs opposants.

La paralysie énervée de l’Assemblée démontre que le violent « dérapage » d’un conseiller présidentiel a fini par générer une crise politique qui balaie tous les autres sujets. Et c’est bien Emmanuel Macron qui est en ligne de mire. Dans la matinée, le président LR Laurent Wauquiez a déclaré qu’il « va devoir rendre des comptes aux Français ». Marine Le Pen affirme de son côté : « Si Macron ne s’explique pas, l’affaire Benalla deviendra l’affaire Macron. »

Collomb au rapport

En attendant, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb s’offre en fusible. Il « a menti, et beaucoup», affirme le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon dans Le Monde. « Bien sûr qu’il va démissionner et il ne sera pas le seul. » En cause, la révélation que le ministre avait été informé dès le lendemain des actes d’Alexandre Benalla. Il devra s’expliquer demain matin devant la commission des lois, avant le préfet de police Michel Delpuech.

Et en même temps, le président se tait. Il s’est contenté de dire jeudi, assez irrité : « La République est inaltérable ». C’était tout sauf évident, hier à l’Assemblée.

Commentaires (0)

Pas d\'identifiant